A la poursuite des rêves par Jean-Michel
 

“Les hommes se nourrissent de rêves, et ces fous qui partent sur les routes du vent ont toujours constitué un puissant moteur de l’Histoire »
(Historia numéro spécial n° 30 – juillet-août 2016 – Voyages extraordinaires).

 
 
 

Sans prétention sur le puissant moteur de l’histoire, la nôtre avance sûrement au rythme des miles égrenés sur la route de notre programme
que nous voyons se réaliser patiemment mais sûrement.

 

Souvenez-vous la signature du contrat chez Boréal au mois de mars 2012.

 

Nos entraînements en Manche, des îles anglo-normandes au Solent, des Scillies au Jaudy à bord du petit Nectar… notre « first » bateau d’introduction à nos rêves.

 

La mise à l’eau le 4 juillet 2014, le mâtage le 5 juillet, le 8 juillet il est voilé notre bel oiseau du large et nous partons quelques jours plus tard, derechef,
avec pour première destination l’île de Jura et le Loch Tarbert (avec juste un petit arrêt avant à Islay… malt et tourbe obligent !) et ce cerf qui,
au bord du rivage s’est levé au bruit de la chaîne de notre premier mouillage et qui a regardé, admiratif, quoique un soupçon dédaigneux,
ce bel oiseau du large qui venait lui rendre visite…

 

Et puis 2015, la saison écossaise (la douche incluse) avec tant de milles parcourus et de paysages merveilleux, du nord des Hébrides à Saint Kilda en suivant Peter MAY,
et au nord des Shetland, puis de nuit au milieu des Orcades, à contre-courant, les initiés apprécieront comme nous avons aimé passionnément.

 

L’année 2016 nous vît gravir les parallèles vers le Nord, du 60ème au cercle polaire arctique, le 70ème, le Spitzberg et Longyearbyen au 74ème, et Sir Ernst a frôlé le 80ème
Il ne restait plus qu’un petit millier de miles pour le Nord magnétique, ce qui à l’échelle nautique du pôle représentait quand même encore 1200 km.

 

Bref, Sir Ernst est depuis redescendu marqué par la boue des mouillages dans les moraines auprès des glaciers survivants du Svalbard et nous,
avec des images plein les yeux d’une nature encore vierge quoique amplement fondante... Le réchauffement climatique ça existe, nous l’avons malheureusement rencontré.

Et voilà que cet automne notre Sir Ernst se refait une santé, au chantier et au sec, c’est la grande révision, le calage de la dérive et l’embrayage du moteur
qui nous a fait quelques facéties d’inverseur en marche avant.

 

Hervé, notre grand animateur, a tout vérifié, de la dérive à la plomberie en passant par le mât, les antennes, voiles dégréées, dessalées, pliées,
rangées et vérifiées depuis chez le voilier. Chaque équipier participe, de près ou de loin à la préparation comme nos amis Pierre-Etienne et Chantal,
qui eux aussi, dans leur malouinière de Saint-Lunaire attendent avec impatience la poursuite du rêve.

 

Et comment… Le grand Sud est à l’horizon, certes encore lointain, certes il y a encore du travail, beaucoup de milles et de nuits en mer, mais ce n’est pas pour nous en plaindre.

 

Nous entrons dans la deuxième partie, en route vers le Sud, à la poursuite de nos rêves, pour plagier Alain Gerbault, quand il entra dans le Pacifique,
après avoir traversé seul l‘Atlantique et y avoir fait son apprentissage.

 

Autres temps, autres mœurs, on était à l’époque en 1924 et le Firecrest d’Alain Gerbault, dont la seule qualité était d’être un Plan Fife,
était surtout un bateau qui n’avait en aucun cas été préparé pour être en solitaire ou en équipage réduit.

 

Mais à l’époque, on comptait sur les doigts d’une main ceux qui accomplissaient leurs rêves, et les traversées (90 jours pour l’atlantique !
là où nous comptons mettre moins de trois semaines), qui étaient aussi de véritables exploits.

 

Sans cette prétention, nous poursuivons le nôtre, parce que ces milles, ces directions et ces caps sont ceux dont nous avons rêvé depuis plus d’un demi-siècle
et que l’amitié nous permet aujourd’hui d’exprimer.

 

Parti de New-York, Alain Gerbault était passé par les Bermudes, puis les îles vierges, avant de traverser le canal de Panama.

 

Parti de Tréguier, passant par Las Palmas, puis les îles du Cap Vert, Hervé, qui traversera une nouvelle fois l’Atlantique, nous mènera d’abord aux Bahamas,
ce chapelet d’îles barrant l’accès au Golfe du Mexique de la Floride à Cuba.

 

Des Bahamas, nous passerons sous Cuba et entrerons en mer des Antilles pour atteindre le canal de Panama, et nous découvrirons le Pacifique en dégustant les îles Perlas.

 

Hervé reprendra le guidon pour les Marquises, des îles de la Société et Tahiti. Nous serons alors en Polynésie française où nous resterons les uns et les autres
quelques semaines, non pas dans l’esprit des délices de Capoue, mais pour tenter de nous mettre au 21
ème siècle dans la peau des “La Pérouse Cook et autres Boungainville” qui,
il y a à peine plus de trois siècles en ont fait la découverte et les premières dégustations.

 
 

La Polynésie Française c’est 118 îles occupant 4000 km² réparties sur une zone cent fois plus grande de 4.750.000 m², avec pour axe central le Sud de l’Equateur
et se trouvant en longitude à peu près à notre opposé sur la mappemonde (140° à 160°).

 

Elle est composée de cinq archipels aux noms enchanteurs, les Marquises au nord, l’archipel de la Société, l’archipel des Tuamotu, celui des Gambier au Sud-Est
en suivant des Galapagos, avec ses îles groupées à l’intérieur d’une même ceinture corallienne, et tout au sud, l’Archipel des Australes.

 

Elles sont toutes, à quelques milliers de kilomètres près, situées en eaux équatoriales et ont toutes vu passer les grands découvreurs des 16ème au 18ème siècle,
elles ont vu passer les plus grands marins de Cook à bord de la résolution à Bougainville et même Melville qui avait réussi à s’introduire et à être acceptée
dans une tribu de féroces guerriers des Marquises.

 

Nous tournerons ensuite le dos à l’itinéraire d’Alain Gerbault, en reprenant la route de l’Est, pour passer sous le tropique du Capricorne, l’île de Pâques, direction Puerto Monte au Chili.

 

Sur la route du Sud aurons-nous l’occasion de nous arrêter à Rapa Nui, « une île mystérieuse et isolée, au milieu du grand océan, dans une région où l’on ne passe jamais ;
aucune autre terre ne vit en son voisinage et, à plus de 800 lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l’environnent. Elle est plantée de hautes statues monstrueuses,
œuvres dont on ne sait quelle race aujourd’hui dégénérée ou disparue, et son passé demeure une énigme ».

 

Ainsi parlait de l’île de Pâques un jeune aspirant de la marine royale d’à peine 22 ans, en 1872, un certain Pierre Loti, découvrant l’île de Pâques où la Flore, une frégate française,
fit alors escale pour 4 jours. Cela aussi constitue l’une des escales de notre rêve…

 

Ce sera alors la descente vers les canaux de Patagonie jusqu’à Punta Arenas, puis à Ushuaïa, la porte du rêve antarctique ; celle du nord, Tromso,
se situait au-dessus du cercle polaire arctique par 71° nord.

 

Ushuaïa et le canal de Beagle sont à peine par 45° sud.

 

Il nous faudra beaucoup de milles en plus pour poursuivre notre descente vers le Grand Sud, traverser le canal de Drake pour aborder la péninsule antarctique début janvier 2018.

 

D’ici là, nous aurons beaucoup d’aventures et de découvertes personnelles à vous faire partager.

 

Humblement et inconsciemment, nous nous rendons compte que nous sommes sur les traces de Jean-Baptiste Charcot, médecin et explorateur des terres polaires du nord au sud,
à bord de ses deux navires, le Français d’abord, puis le Pourquoi-Pas.

 

Non seulement il a exploré, mais il a soutenu Alain Gerbault, comme plus tard il a soutenu Paul-Emile Victor, notamment en l’aidant à s’installer pour son année d’hivernage au Groenland,
ce qui en 1933 était un véritable défi, mais souvenons-nous aussi de ceux que nous avons rencontrés de l’autre côté de l’atlantique, en Norvège en particulier,
Fridtjof Nansen et l’incontournable Amundsen.

 

Paul-Emile Victor, qui plus tard a été à l’origine des expéditions françaises sur les territoires australes et a fini par intéresser la république au 6ème continent et à la terre Adelie,
prénom féminin de l’épouse de celui qui l’a découvert, à savoir Dumont d’Urville.

 

La boucle est presque bouclée et tout est prêt pour la suite du petit vœu de Sir Ernst.