Musées polaires par Jean-Michel

Celui de Tromsoe est hébergé dans un ancien entrepôt en bois datant de 1830 ,rouge à tour blanc comme toute les maisons traditionnelles norvégiennes et du "vestfjorden" particulierement ;
Il est installé sur le quai, à côté du poste de sauvetage en mer comportant plusieurs vedettes blanches et rouges estampillés d'une croix blanche type "templier".

musee tromso 2

Il est d’abord consacré au temps des pionniers et à la chasse dans l’arctique; les premiers volontaires pour l’arctique sont en effet ceux qui ont cherché subsistance et commerce en recherchant les animaux plutôt facile à "ramasser" - c'était quasiment de la cueillette tant ces animaux sont peu farouches- principalement les morses et les phoques et aussi les Rênes.

En été, les chasseurs ramassaient aussi les œufs des couvées d'oiseaux et en hiver ils traquaient le renard.

Les expéditions d’hivernage étaient importantes, comptaient souvent plus de 20 bateaux. La chasse aux morses était une activité qui nécessitait un équipage où malheureusement beaucoup de chasseurs mouraient du scorbut, maladie due à la mauvaise alimentation dans un univers froid et humide.

Mais cette chasse facile a entraîné un chute rapide des populations et après quelques années il ne restera quasiment plus de morse.

C'est Hudson qui lança sans le vouloir la chasse à la baleine quand il cherchait le passage du Nord-Est vers 1607 en relatant l'abondance des cétacés "comme carpes en vivier"! Cela contribua à déclencher des campagnes de chasse à la baleine.
Des combats importants pour l'attribution des territoires voire des prises en sont même résultés entre les diverses nationalités représentées.

Des villes sont construites pour le dépeçage et l'extraction de l'huile, notamment à Smeerenburg, des 1619. Cela durera jusqu'en 1864 date où le dernier navire baleinier abandonnera les lieux.
Il y aurait aujourd'hui 300 baleines au Groenland contre 22000 au 17ème siècle.

Au début du 20ème siècle c’est la chasse à l’ours polaire et au renard arctique qui se développa rapidement ;

photo trappeur femme

plusieurs expéditions poussèrent jusqu’à l’île Jan Mayen perdue en atlantique nord entre le Groenland et l’Islande, c’est dire comme elle est accueillante !,
voire jusqu’au Groenland où on chassait le bœœuf musqué, le renard et l’ours polaire ; mais à côté de la chasse, d’animaux qui ne se défendaient pas vraiment, politiquement incorrect à nos jours, les hommes s’intéressèrent notamment au Svalbard pour la nature et la recherche de la connaissance de nouveaux territoires, comme encore à la recherche des passages du nord-ouest , vers l'Alaska, et du nord-est, vers la Sibérie... car on ne pensait pas qu'il ser
ait un jour possible d'aller tout droit !

Tromso 3

On y apprend que le nom de Svalbard trouve ses racines dans la langue nordique du moyen âge où sval voulait dire froid et bard la côte. En clair, le pays des côtes froides.

Ce nom apparaît pour la première fois dans des écrits islandais datant de 1194. Les premières preuves de la découverte du Svalbard remontent à 1596, alors que l’expédition conduite par William Barents recherchait le passage du Nord-Est vers la Sibérie.

Toutes les grandes nations de l'époque se sont alors intéressées à ces "terra incognita" , de manière plus ou moins intéressée. Certaines expéditions restent néanmoins attachées à la découverte et à la recherche scientifique telles les campagnes de cartographie des corvettes françaises La Recherche en 1838-1839 ainsi que La Manche en 1892. Citons aussi les travaux de l'anglais William Scoreby en 1806,grand spécialiste de ces terres du nord et découvreur du plus grand fjord du monde situé à l'Est du Groenland auquel il a donné son nom... et que certains à bord, après avoir fréquenté plus au sud les lieux d'hivernage de Paul-émile Victor sur Pen-Duick 6, rêvent de voir Sir-Ernst fendre les eaux souvent encombrées de gros glaçons .....

C’est l’équipage de Barents qui l'appela l'île principale « terre spitzbergen »- les pics enneigés.

L’expédition de Barents observa aussi une population importante de baleines et de morses autour du Svalbard ; la chasse intense y commence à partir de 1610 et comme pour les animaux et mammifères terrestres, des prises excessives et un changement de climat provoquèrent l’arrêt quasi totale de la chasse à la baleine dès le 18ème siècle.

La chasse aux phoques aussi a été intensive; elle s’est perpétuée jusqu’après la seconde guerre mondiale. Sur les 32 espèces de phoques vivant dans le monde, 7 sont encore présents dans les eaux norvégiennes : le morse, le phoque gris, le phoque commun, le phoque du Groenland, le phoque à capuchon, le phoque barbu, le phoque annelé. Hormis le morse, ces "pinnipèdes" ont la même origine que la loutre.

De toutes les époques, le phoque était chassé le long des côtes norvégiennes, depuis l’âge de pierre; des gravures rupestres de l’âge de pierre en attestent, mais c'est avec la chasse par bateaux phoquiers au départ notamment de Tromsoeà partir du début du 19ème que l'affaire s'est professionnalisée et a contribué à la disparition du gibier comme pour les autres animaux ; de nombreux accidents, l'évolution de la consommation au 20éme siècleet la bonne conscience de la société moderne a mis fin naturellement à ces pratiques avant que des moratoires sérieux puissent assurer la survie des espèces.

Phoquier

Mais parlons aussi des hommes.

Le premier d’entre eux, Roald Amundsen.

Ses expéditions font de lui l’un des plus grands explorateurs polaires.

affiche Amundsen

Il commença de 1897 à 1899 à dresser des cartes du Pôle Sud comme officier de pont à bord de l’expédition de la Belgica.

Puis en 1901, il achète un cotre à moteur, le Gjoa. Pendant deux ans, parti d’Oslo il rejoint l’Alaska et devient ainsi le premier navire au monde à avoir navigué à travers le passage du Nord-Ouest.

Puis ce fut la seconde aventure du FRAM ("En avant").(pour la première cf ci après). Il s’agissait d’un navire polaire mis à sa disposition par l’Etat Norvégien et c’est avec ce bateau qu’il participe à la course vers le Pôle Sud où il entre en concurrence avec Robert Scott.

fram

La base du Fram est établie près de la barrière de Ross et après des mois de travail il arrive au Pôle Sud le 14 décembre 1911.

L’expédition de Scott a vu le Pôle Sud le 18 janvier 1912, un mois plus tard, mais tous les membres de l'expédition meurent sur le chemin du retour.

En 1925-1926, il se dirige vers le Pôle Nord en avion ou en dirigeable.

EN hydravion d'abord, au départ de Ny-Alesund, sur l'archipel du Svalbard, mais des ennuis de moteur le contraignent a amerrir par 88° de latitude ; les 6 membres de l'expédition rentrent avec un des deux avions sans avoir atteint le pôle .

Puis Il rachète un dirigeable à l’Etat italien qu’il rebaptise « Norge"; ce dirigeable vole de Rome à Ny-alesund en passant par Mourmansk ,ce qui donne l'ampleur technique et humaine de ces expéditions! ;
il embarque comme pilote Umberto Nobile,le constructeur italien du dirigeable (et son chien Titina!) ; Il survolera le pôle le 14 Mai1926 et atterrit en Alaska trois jours plus tard.

Norge

Lorsque le dirigeable a survolé le Pôle, les drapeaux norvégiens, américains et italiens ont été lancés par-dessus bord ; il aura donc planté le drapeau norvégien sur les deux pôles et navigué par les passages du nord-ouest et du nord-est.

Aucun autre explorateur polaire n’a réussi l’ensemble de ces exploits.

L'ironie du sort (la mauvaise!) fait qu'il a disparu en 1928 quand il a voulu porté secours à Nobile quand celui-ci a voulu renouveler l'exploit seul, pour l'Italie, à bord d'un nouveau dirigeable et qu'il s'est écrasé sur la banquise . AMUNDSEN embarque alors à bord d'un hydravion Latham47 prêté par la France, avec un équipage français , lequel n'est jamais revenu, vraisemblablement abîmé en mer entre l'île Aux Ours et la côte sud du Spitzberg .

Latham 47

Nobile et ses hommes furent néanmoins sauvés.

Et puis il y a aussi Fridtjof Nansen, le premier homme du FRAM.le bateau, sur plan Colin ARCHER, a été construit pour lui et son expédition .

affiche Nansen

Il veut conquérir le Pôle Nord en laissant un bateau se faire piéger par les glaces et dériver d’est en ouest grâce au courant marin, et en particulier le courant de Sibérie qui charrie le bois des grands fleuves de Sibérie, à travers l’arctique et atteindre la côte Est du Groenland.

Il fait donc construire un bateau spécialement adapté à ce projet

(c’est celui qu’a utilisé quelques années plus tard Amundsten pour sa conquête du Pôle Sud).

Les quelques lignes qui suivent sont bien insuffisantes à décrire l’extraordinaire aventure humaine qui en est résulté.

Il se fait de prendre par les glaces le 22 septembre 1893 par 78 degrés Nord et 133,37 degrés Est pour entamer une longue dérive sur la banquise.

En septembre 1894, (un an pris par les glaces déjà!) il se rend compte qu’il ne parviendra pas à dépasser les 85 degrés Nord et ne pourra donc pas atteindre le Pôle Nord. Mais depuis qu’il est pris par les glaces, le navire menace de se briser, la coque y est comprimée même si aucun dégât n’est encore apparu.

Il décide alors de tenter quand même d’aller au Pôle Nord sous forme d'un raid aller-retour et part avec un équipier Halmar Johansen,un solide gaillard! Ils partent avec trois traîneaux dont l’un transporte des canoés qu’ils doivent utiliser lors de leur retour vers le Sud.

hjalmar

Au fur et à mesure que les chiens s’affaiblissent, les plus fatigués sont abattus et leur viande sert de nourriture aux autres.

Mais il n’avance que de deux ou trois kilomètres par jour et ils décident en avril 1895 de faire demi-tour ; il est quand même arrivé à 86,14 degrés Nord, à un point situé à des centaines de kilomètres plus au Nord de ce que aucun homme n’avait atteint jusque-là.

Et ce n’est pas fini.

Ils prennent la route de retour en direction de la terre de François Joseph 670 km ligne droite !

Le retour s’avère bien entendu plus compliqué et finalement courant août ils posent le pied sur la terre ferme sur la côte Nord de la terre de François Joseph.

Ils continuent leur marche vers l’Ouest de la côte en direction du Svalbard mais ne peuvent éviter l’hivernage ; ils construisent une cabane en pierres sur une île déserte .
ils pratiquent alors leurs connaissances de la survie dans le froid apprises chez les esquimaux du Groenland.

Août 1895-Ainsi commence une attente de près de 9 mois dans le froid et l’obscurité, eux qui ne portent que des vêtements collés au corps par le sang et la graisse des animaux tués.

Mai 1896- Ils préparent leur retour vers la civilisation en confectionnant de nouveaux vêtements, sacs de couchage et se préparent à repartir ce qu'ils font courant mai ( 1896) ,toujours le long des terres de François-Joseph.

Finalement le 17 juin, entendant des aboiements de chiens, ils retrouvent un explorateur polaire anglais, Frédéric B. Jackson et resterons plus d'un mois à récupérer au camp de base de celui-ci installé au cap Flora.

Ils peuvent ainsi rentrer en Norvège, et au moment où avait lieu la célèbre rencontre entre Nansen et Jackson en terre François Joseph, le FRAM arrive enfin à se libérer des glaces au Nord du Svalbard
après 35 mois de dérive dans l’océan arctique ; qui dit mieux!

Peut-être Ernest Shakelton quelques années plus tard, quittant l'île Éléphant, dans la péninsule antarctique, et son équipage, pour tenter d’aller chercher du secours un millier de miles plus loin en plein milieu de l’océan Atlantique-sud,
en Géorgie du Sud... Mais ça c’est pour plus tard.

*

* *

... Celui de Longyearbyen était paraît-il situé à l'origine dans une ancienne porcherie avant d'être installé dans un bâtiment-hangar gris clair de l'autre côté de la route et en contrebas du musée du Svalbard
plus dédié aux îles elle-même, leur découverte,leur histoire, la vie des animaux et des hommes pour leur survie et leur adaptation.
Le musée des expéditions polaires porte aussi le nom de musée des Aéronefs tant il porte sur les expéditions qui ont été lancées vers le pôle en "ballons" dirigeables au départ de Virgohamna,
pointe nw du Svalbard, ou de Ny-Alesund, sur la côte w du Spitzberg . Il est de fait que des terres les plus proches du pôle nord, 80°n à environ un Miller de km du pôle, le Groenland,
les terres de Francois-Joseph ou la Nouvelle Zembie,le Svalbard est la seule occupée et habitée à l'époque par les mineurs, les pêcheurs et chasseurs, pouvant de ce fait servir de base logistique.

Il s'est donc organisé à partir des années 1890 plusieurs expéditions en aéronefs, mais aussi en avion, hydravions, dont la seule remplie de succès est celle de Roald AMUNDSEN en 1926
au départ de Ny-Alesund, avec Umberto Nobile et son chien Titina dont le musée a même la photo.

photo chienne

En outre le musée, qui fourmille de photos articles et témoignages, et même des films d'époque, en nombre, est sommairement divisée autour d'Amundsen-1926/1928, avant et après !
Absolument passionnant, certains d'entre nous y sont allé deux fois.

On y découvre la volonté des hommes malgré l'adversité des lieux et de leurs projets compte tenu de l'époque et de ses moyens. Les échecs des uns et des autres n'entame pas la ténacité des autres :l'exploit c'est de ne pas attendre les moyens , c'est de tenter des que cela paraît simplement possible.

C'est ainsi qu'il y eu les tentatives du suédois Andrée en 1896 , dont l'aéronef alourdit par le givre ne tint que 65 h en vol avant de tomber sur la glace , réussit néanmoins à organiser son retour, trouve refuge sur un bloc de glace ,lequel explose au bout de quelques semaines , finit par atteindre une petite Ile du nord-est où il mourra ,vraisemblable d'intoxication alimentaire.
On a retrouvé ses restes et ceux de ses deux équipiers 33 ans plus tard!

Ce sont aussi les tentatives de Wellman (1907 à 1909), Hammer (1923) et Binney (1924).

Affiche Wellman

AMUNDSEN commença avec deux hydravions et avec un certain Ellsworth ( de nationalité américaine, qui le finançait en partie). Partis de Ny-alesund, ils doivent amerrir par 88° N et l'un des hydravions est inutilisable.
Ils bataillent 24 jours pour tailler au couteau (si, si) la glace pour se frayer une piste sur la banquise et faire décoller le second...!

Hydravion

Puis c'est l'exploit du Norge, ex Italia, et avec le pilote de celui-ci , Nobile : le dirigeable quitte Ny-Alesund le 11 Mai 1926, atteint le pôle puis traverse l'océan Arctique pour atterrir à Point Barrow en Alaska après 57 heures de vol.

Puis Nobile repartira avec un nouveau dirigeable. Au cours d'un vol de reconnaissance il survole les terres du Nord, la Nouvelle Zembie et l'archipel Francois-joseph soit la presque totalité du passage du Nord-Est ce qui est déjà un bel exploit.
Le 23 mai il atteint le nord du Groenland puis le pôle. C'est à son retour que l'Italia est pris dans le brouillard, puis alourdi par le givre qu'il tombe sur la banquise.

C'est en volant à son secours sur un Latham47 prêté par la France avec son équipage, que Roald AMUNDSEN disparut en mer, ajoutant au mythe en pleine gloire.

Le nom des membres de l'équipage , tous français , mérite être rappelé car ils ont ainsi participé à l'aventure des pôles et il a été émouvant de lire leur noms au milieu de celui des grands explorateurs :

Rene Guilbaud (dont on nous précise qu'il était de Caudeville en caux!), pilote,le lieutenant navigateur de Cuverville,le radio opérateur Émile Valette, et le mécanicien Gilbert Brazy .
AMUNDSEN était en outre accompagné de Leif Dietrichson qui était l'un des membres de son expédition en Hydravion de 1925.

cavelier cb98

Le reste du musée (après 1928) expose les évènements polaires qui ont suivi... dont l'affaire de la "valise rouge" film revenant de manière romanesque sur les exploits de Nobile,
avec Sean Connery et Claudia Cardinale, mais plus d'expéditions au sens du "saut dans l'inconnu" mais seulement sur les modalités...

Le pôle nord à moto, à ski, en montgolfière ,"huit femmes pour un pôle"-les tentatives de Madeleine Griselin, ou celles de Dominic Arduin qui a disparu à la seconde... ayant perdu ses orteils à la première,
le tour du Svalbard en kayak de mer , etc..

Jmh

Juillet 2016