La route du Nord

Après la saison 1 – le neuvage juillet-août-septembre 2014 – et nos premières découvertes et émotions avec Sir Ernst -le mouillage de Tarbert (w) sur Jura, où nous avons vu un cerf se lever et partir dédaigneusement lors du mouillage de notre ancre (Oh ! dear !),

Après un été écossais – saison 2 – où nous avons profité goulûment des Hébrides, de Peter May, Fin et la belle Marsaili, du vent de Lewis, Saint KILDA et  Skipinish, des embruns de la pte Neist, du Minch, du malt (ledaig ou pas !), de l’accueil de nos amis écossais, sans oublier« Nessie », …

Nous voilà en saison 3, sur la route du Nord.

Ce qui faisait partie des grands pics de notre rêve commun est aujourd’hui à vue.

Après un hivernage durant lequel notre Sir Ernst a été choyé par  David FINLAY, le dynamic harbour master de la (new Calley) Inverness Marina, qui nous envoyait des photos après chaque coup de vent, nous avons quitté INVERNESS à la mi-mars pour une première montée de latitude significative. Les trois associés s’étaient adjoints l’enthousiasme et l’amitié de deux grands sportifs, spécialistes des sommets alpestres et de l’Annapurna , ou des chenaux et courants de Bretagne Nord (la vraie !) , qui ont animé cette étape d’une « joie » franche !

carenage Inverness

Ce fut le début de l’émerveillement ; un millier de miles plus tard et 10 degrés de latitude Nord avalés, Sir Ernst se retrouve sur la côte des Lofoten, sous des paysages presque caricaturaux de neige et de petites maisons rouges en bois.

Nous y sommes et l’aventure n’est pas terminée.

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Après ces premiers moments de découverte, Sir Ernst entraînera ses équipages dans les Alpes de Lyngen pour faire du ski et partir du bateau skis aux pieds, ou presque, avec un temps de carte postale…

ski

Puis ce sera la découverte des Lofoten au printemps où la première marraine du bateau, Mireille, viendra prendre à son tour possession de la beauté des paysages.

A la mi-juin, les choses encore plus sérieuses prendront suite.

Départ pour l’Île aux Ours et le Spitzberg ; encore 10° de latitude Nord…

Mais là, nous entrons dans la cour des grands.

Nous découvrirons l’Île aux Ours, et fréquenterons la mer de Barentsz.

Ce sera l’occasion de revenir sur des exploits d’un temps où ces régions n’étaient pas fréquentables, même l’été.

Car dès la fin du 16ème siècle pour aller vers la Chine et les richesses de l’orient, hollandais et anglais tentèrent de trouver le long des côtes de la Norvège, de la Russie, puis de la Sibérie, une route plus courte et plus sûre que celle qui les obligeait à contourner l’Afrique par le Cap de Bonne Espérance.

Willem Barentsz (hollandais de l’Île de Terschelling, sur la frise occidentale…j’y ai mouillé du temps du premier Nectar..) fit trois tentatives, toutes infructueuses, en 1594, 1595 et 1596, pour trouver ce passage du nord-est qui ne sera franchi finalement que trois siècles plus tard.

Lors de son troisième voyage, Barentsz et ses compagnons découvrirons seulement alors le Spitzberg et l’Île aux Ours, avant d’être pris par les glaces à la pointe septentrionale de la nouvelle Zembie par 76° nord.

Les marins durent hiverner 9 mois dans une cabane qu’ils bâtirent, se nourrissant de renard et luttant chaque jour contre les ours affamés, le scorbut et le froid extrême.

Ils quittèrent leur logis de (mauvaise) fortune en juin 1597 pour regagner le monde civilisé après avoir parcouru en chaloupe près de 2000 miles sur une mer glacée.

Barentsz mourut en route et seuls neuf survivants arrivèrent à Amsterdam. Il s’est échiné à chercher son passage en longeant la cote par le Nord, rencontrant de plus en plus de difficultés … sans savoir qu’il eut suffi de quelques miles au sud , pour se retrouver le long de la Sibérie et passer vers l’est devenant alors le plus grand des grands découvreurs !

Finalement il reste de ces périples insensés de volonté une mer qui porte son nom… c’est bien le moins, et que nous allons bordurer en montant au Spitzberg.

L’occasion aussi de se souvenir que, il y a l’autre passage, celui du nord-ouest.

Les projets de gagner l’Asie par le nord-ouest, c’est-à-dire par le nord des Amériques, ont été les premiers à être élaborés peu de temps après que celles-ci furent découvertes.

ArctiquePrincipalesexpeditions

Quelques années plus tard  (très vite après Christophe COLOMB en 1492), en 1517, est découverte la baie d’Hudson ; c’est ensuite au tour de notre malouin, Jacques CARTIER, toujours à la recherche du fameux passage, qui remonte le Saint Laurent.

Mais le grand coup c’est en 1607, Henri Hudson (c’est le même qui donné son nom a la rivière W de Manhattan-il a essayé par là aussi !), qui tente de contourner le Groenland par le Nord ! Il débarque alors sur la côte nord occidentale du Spitzberg, au-delà du 80ème nord, et poursuit sa route avant d’être arrêté par les glaces.

Après deux tentatives par le nord-est, Hudson inlassable, repart cette fois vers le nord-ouest en suivant la route d’un de ses prédécesseurs, l’anglais Martin Frobisher (qui avait atteint le 63ème nord en 1517- … c’est plus difficile de monter coté West de l’atlantique que coté Est … à cause du fameux Gulf Stream !). Il aboutit ainsi à la baie qui porte aujourd’hui son nom et s’apprête à y hiverner, mais ses explorations sont trop rudes pour ses hommes. Une révolte éclate et ses hommes l’abandonnent à terre avec son fils et sept fidèles compagnons… nul ne les reverra jamais, ni morts, ni vifs.

Les péripéties sont ensuite nombreuses et souvent tragiques, mais le passage est finalement franchi depuis le détroit de Bering, c’est-à-dire en sens inverse, en 1850-1853, par un certain Mac Klur (les écossais sont décidément partout) qui doit achever son parcours à pied, après avoir abandonné son vaisseau et être recueilli à demi mort de froid et de maladie.

L’exploit attendra plus de 50 ans pour être renouvelé par un côtre à moteur, celui de Roald Amundsen, cette fois dans le sens Est-Ouest, en 1903-1906, avant que celui-ci se lance dans la course au Pôle Antarctique, en concurrence avec Scott et un certain Ernest Shackleton…

Mais il ne faut pas croire que les aventures s’arrêtent là.

La route du Nord fait toujours rêver, surtout en cette période de réchauffement climatique, car pourquoi se compliquer la vie pour passer au nord des Amériques ou au nord de la Sibérie, si on pouvait aller tout droit !... y a pas de terre au Pole Nord, contrairement au continent antarctique !

Ne manquez pas également la lecture de l’ouvrage d’Isabelle AUTISSIER et de Erik ORSENNA, qui signent « Passer par le Nord », récit de leur voyage sur la route maritime du nord, le plus court chemin navigable entre l’Europe et l’Asie…

Ensemble, ils ont pris le chemin du nord de la Norvège, puis vers l’est, la mer de Barentsz, les côtes de Sibérie jusqu’au détroit de Bering, là où l’Amérique et la Russie se touchent presque : le passage entre l’Atlantique et le Pacifique, entre l’Occident et l’Asie.

A l’ouest, ils ont longé l’Alaska dans des paysages de glaces dont Erik ORSENNA garde avec un style inimitable un souvenir enflammé !

Mais dans leur périple en Arctique, ils ont pu également mesurer l’ampleur et les ravages du réchauffement climatique qui perturbent les milieux naturels et menacent les espèces animales, à commencer par celle du seigneur de la glace, l’ours blanc, dont l’espace de vie ne cesse de se réduire

La géopolitique de notre planète, ses grands équilibres économiques, sont également en train de vivre une véritable révolution avec l’ouverture d’une nouvelle route maritime : la fonte de la banquise permet désormais et d’abord le passage par l’est de l’Arctique, le long des côtes de la Sibérie, le plus court chemin entre l’Asie et l’Europe qui excite la convoitise des armateurs avec les risques de pollution inhérents.

Dans ce récit, au sein de régions qui regorgent de richesses, et plus particulièrement son sous-sol, de pétrole et de gaz, vous apprendrez que l’appétit des puissances limitrophes est insatiable… quels que soient les bons sentiments apparents… les peuples ne sont-ils pas que la somme de la nature de chaque homme !

Ne manquez pas de méditer sur la route du nord… vous nous accompagnerez par la pensée.

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« Prisonnier des glaces – Les expéditions de Willem Barentsz », Collection Magellane, dirigée par Michel CHANDEIGNE.

« Passer par le Nord » d’Isabelle AUTISSIER et Erik ORSENNA aux éditions Paulsen.